UK vs France 1

Publié le par Julien



     VS





L'autre jour, je suis tombé sur une tribune du Monde dans laquelle Christian Blanc demande la démission de Jacques Chirac.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-730458,0.html

 

 

La tribune vaut le coup d’être lue mais c’est une phrase en particulier qui a retenu mon attention.

 

« Pourquoi n'a-t-on pas expliqué aux Français qu'à la fin des années 1970, notre PIB par tête dépassait de 25 % celui des Britanniques, et qu'aujourd'hui celui des Britanniques est supérieur de 10 % au nôtre ? Il eût fallu expliquer les raisons de cet effondrement. Est-ce la capacité de vision et de réalisme de Margaret Thatcher et de Tony Blair qui ont fait la différence avec les références à un monde ancien de François Mitterrand et de Jacques Chirac ? »

 

J’ai déjà eu 2 ou 3 fois l’occasion de discuter de Thatcher et Tony Blair avec des collègues. Les avis ne sont pas évidemment censés représenter l’intégralité du peuple britannique mais deux étaient intéressants.

Le nouveau directeur des finances m’avait raconté au pub que les gens ne se souvenaient pas que la Grande-Bretagne était un désastre économique complet au milieu des années 70. Et d’ajouter que, bien que quelquepart ça lui faisait mal de le reconnaître étant assez peu fan de la dite personnalité, Thatcher avait assaini l’économie et remis le pays sur les rails pour les 30 années suivantes. La France était à l’époque en bien meilleur état économique. Aujourd’hui la situation paraît être inversée.

Pourtant d’après un récent sondage, Mitterrand, ce héros français décoré de la francisque, qui a organisé un faux enlèvement pour se faire mousser avant des élections (attentat de l’observatoire) qui nous promettait en 1981 de faire passer le chômage en dessous du million de chômeurs (même si, né en 1980, cette proposition me semblait assez peu en phase avec mes préoccupations quotidiennes à l'époque),  a utilisé les deniers publics pour protéger les errances de sa vie privée, a érigé le mensonge en politique d’Etat et utilisé le Front National comme un outil électoral, soufflons un peu, Miterrand donc, a été notre meilleur président. Entre lui et Chirac, nous sommes donc gâtés.

Ceci étant dit, plutôt que de me lancer dans une attaque inutile et aux accents populistes  contre les élites à l’esprit ankylosé et le socialisme à papa rampant, une question fondamentale s’impose à mon et votre esprit : le Royaume-Uni serait-il un petit paradis en Europe ??

 

La vie à Londres, bons points et points alcoolisés :


Bons points

- Une concentration d’argent majeure sur un territoire veut dire : shopping à gogo, théatres, cafés, lieux de sortie, musées etc etc en nombre et diversité appréciée.

 

Une économie qui tourne, c’est des jobs, des jobs, des jobs, des jobs pour les jeunes, pas des stages, des jobs correctemen rémunérés quand on a un peu de bol, des jobs où on n’a pas besoin de voir 6 fois personnes différentes avant d’être embauché, des jobs qu’on peut espérer changer quand on a envie d’aller voir ailleurs. Comme l’auront remarqué les esprits sagaces et autres stagiaires à vie, ceci n’est pas une description du marché du travail français…

 

 

Points négatifs, où l’on navigue entre traits culturels et marché de l’immobilier hostile au pauvre.

 

Le rapport des Anglais et Anglaises à l’alcool est quelque peu extrême. Pour résumer, un Anglais ou une Anglaise agés de 15 à 35 ans ne coinçoit pas que la prise d’un verre d’alcool ne mène pas inévitablement à se réveiller le lendemain baignant dans son propre vomi…

Ici, ça s’appelle le « binge drinking » et c’est devenu une sorte de problème national, les spécialistes parcourent les statistiques (cirhoses en hausse, buveurs de plus en jeune, actes de violence en relation avec l’alcool en hausse etc), s’inquiètent, les politiciens débattent (où dans le cas du leader du Parti libéral démocrate, démissionne après avoir admis leur problème d’alcoolisme...). Bon, en même temps, le problème est bien installé et par des remarques du type : « dis donc, c’est inquiétant » personne n’a le courage (ou les moyens) de faire grand-chose. Ah si, le Labour a décidé d’abolir une vieille loi forçant les pubs à fermer à 23h tous les soirs dans le but de favoriser le Social Drinking et d’inciter les buveurs à étaler leur consommation d’alcool sur une plus longue période de temps. Bon évidemment, il se pourrait que lesdits buveurs en profitent pour se déchirer encore plus longtemps mais c’est quand même assez malin comme mesure : d’un côté, tu prétends lutter contre les problèmes d’alcool de la société britannique, de l’autre, concrétement, tu assouplis les lois et autorise tout le monde à rester au pub toute la nuit si l’envie est là. Tout le monde est content et tu peux te permettre de faire le beau…

 

Pendant ce temps

 

“Almost one in three men and nearly one in five women are now judged to be drinking too much alcohol.”

 

http://news.bbc.co.uk/1/hi/health/3121440.stm

 


Manger.

 

Bon, deux choses : un, on peut très bien manger à Londres. Les restaurants sont nombreux, variés, les supermarchés aussi (Tesco et Sainsbury entre autres offrent de la bouffe de bonne qualité à bon prix). Ceci étant dit, tu peux toujours proposer des produits frais et sains à ta clientèle si celle-ci préfère les chips au vinaigre et les sandwichs salami, mayonnaise, c’est comme ça. En ce qui concerne mes collègues, c’est donc pause déjeuner rapide où on mélange tout, frites mayonnaise, hamburger, gâteau chocolat, dougnuts, soupes étranges. Bref, au secours.

 

 

Transports en commun et médecine anglaise : mythes et légendes.

 

Conditionné par les journalistes soucieux de meubler les trop nombreux journaux télévisés qui encombrent nos chaînes, le truc que le Français a toujours dans sa poche lorsqu’on parle du Royaume-Uni c’est, étape 1, « le système de santé est nul », étape 2, « le métro est un désastre ». Comme souvent, on est quelque part entre le deux. A l’envers, ça veut dire que le métro n’est pas un désastre à cause de la privatisation, parce que la privatisation c’est pas bien etc. Le sous-investissement est clairement un des facteurs des problèmes de transport dans le centre londonien : il suffit de voir l’âge des rames de métro employées. A côté de ça, le réseau est dense, sur une surface étendue, et si jamais vous prenez le métro le dimanche, il est rare d’avoir à attendre dix ans la prochaine rame. De même, le réseau de bus est excellent et fonctionne partiellement la nuit. Le problème essentiel est la surcapacité chronique. Le métro londonien est un des plus anciens du monde. Lorsque les tunnels ont été creusés, ils l’ont été avec une certaine profondeur dans l’idée d’accueillir un certain niveau de traffic. Avec l’explosion du traffic, les lignes du centre se retrouvent dans le dilemme suivant : la seule solution pour réellement améliorer le traffic serait d’élargir le tunnels pour offrir des rames de plus grande capacité ou de densifier le réseau de tunnel pour augmenter le nombre de voies de dégagement ou remplacement en cas de blocage d’un tunnel par une rame. Problème : pour faire ça, il faut 1) de gros moyens 2) couper des lignes sur de longues périodes. Et donc priver la population de son moyen de déplacement, les obliger à prendre une voiture alors que le maire a mis en place une taxe obligatoire pour être autorisé à rouler dans le centre de Londres (la congestion charge, 8 livres à la journée http://en.wikipedia.org/wiki/London_Congestion_Charge),

à se reporter sur les lignes parallèles déjà en surcharge etc etc. Même avec un budget de malade, c’est un peu l’équation impossible à résoudre. Sans compter le bonheur des riverains à l’idée de 5 ans de travaux et vibrations diverses.

 

 

« Docteur, j’ai mal. 

- Revenez dans 6 mois »

 

Jusqu’ici, les premiers contacts avec le système de médecine ont été un tantinet négatifs. Lylie, malade, s’est fait jeter d’un premier médecin (ils ne prennent plus personne sur leurs listes, équivalent du « on est complet ») et pour l’autre, il fallait s’inscrire et revenir 4 jours plus tard une fois l’inscription validée. Sinon il y a des dispensaires gratuits. Bref le système de médecine publique gratuit, c’est un peu comme le métro, ce n’est pas qu’il est mauvais en soi mais il n’y a pas de place pour tout le monde… C’est, soit on prend son mal en patience (littéralement) ou on prend une assurance privée pour s’éviter une pénible attente. Evidemment, tout ça se traduit par des taxes moins élevées et induit des comportements différents de la part des médecins et des patients : moins d’examens à tout va et, paradoxalement, moins l’impression que les actes de santé n’ont pas de coût.

 

Hop, off the list

 

Ceci étant dit, on peut comprendre l’énervement du patient moyen devant certaines dérives : certains malades du cœur (une condition pas mortelle mais qui induit une fatigue permanente) ont ainsi été purement et simplement rayés des listes d’attente. La raison : le gouvernement avait fixé un objectif de réduction des listes d’attente au NHS (Service hospitalier public). Dans la tête du ministre, ça voulait sans doute dire, opérer les gens plus vites pour réduire le temps d’attente. Les responsables hospitaliers ont compris « réduisez la longueur des listes » : d’où suppression d’un certain nombre de maladies de la liste et éviction des patients. Miracle, la liste est soudainement plus courte… l'humour à l'anglaise, on va dire que c'est ca.


To be continued (et on va enfin pouvoir parler d'argent!)

 

 

 

Publié dans jujuinlondon

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Paris-London 12/09/2006 10:29

En ce qui concerne le métro, si je puis me permettre un avis personnel : OK, à Londres, les rames s'arrêtent tout le temps entre 2 stations sans qu'on sache pourquoi ni pour combien de temps, mais qu'est-ce qu'il est plus propre et plus safe qu'à Paris, quand même !

Julien 13/09/2006 22:45

C'est vrai qu'il est plus propre et plus sûr que le métro parisien. Mais crois-moi, au quotidien, les retards multiples, les trains détournés, annulés ou perpétuellement bondés, ça énerve. La Nothernline n'est pas surnommée la Misery Line pour rien, ce matin, train bondé, collés les uns contre les autres, ce soir retour du bureau, 15 minutes à attendre le métro pour qu'il s'arrête une station avant la mienne. Terminus, prenez le suivant. Une journée classique ;)